J’ai voulu voir le monde, de mes propres yeux. Je ne voulais plus le voir à travers le regard des autres.

J’ai donc décidé de voyager. N’ayant pas le sou, c’est via le pays des rêves que je suis parti voyager.

Le monde que je m’apprête à quitter, n’est fait que d’une succession de gris, du plus foncé au plus claire. Les gens ont oublié la palette de couleurs magistrale que la nature nous a donnée.

Je m’allonge, je ferme les yeux. J’imagine le monde que je vais voir, j’imagine les gens que je vais rencontrer.

Il est l’heure, l’heure de s’envoler. J’aurais aimé le faire avec une nuée d’oiseaux sauvage comme le Petit Prince, mais je suis cantonné à fermer les yeux pour rejoindre ce monde magique.

C’est parti, je sens que je quitte se corps que je n’aime pas. Je me sens maintenant flotté au-dessus de cet amas de chair et d’os. Je ne suis plus que conscience.

Je vois ce corps, inanimé. Je me vois là et j’aimerais ne plus voir ce corps. C’est un fait, je ne m’aime pas.

Je plane, je suis bien. Je m’envole. Je ne sais pas où je vais m’arrêter. Le temps passe, je revois mes amis, ma famille, ma journée. Je redescends, je me pose. Ou suis-je ? Je regarde autour de moi…

Sur ma droite il y a une frise, entière pleine de couleur. Je m’approche, je regarde, j’aime ce que je vois. J’ai l’impression qu’une personne à verser des larmes sur cette peinture pour la transformer en aquarelle. Je sais ce que je dois faire. Je dois trouver cette personne !

Je viens de trouver la personne qui colore ce monde. Il me faut la rencontrer.  En recherchant par où elle a bien pu partir. Je scrute, je cherche, j’écoute… Un son, une douce musique… d’où cela peut venir. Je tends l’oreille, je fais confiance à mes sens. Je tourne et retourne pour finir par me diriger vers une plaine, recouverte de fleurs blanches, sans couleur.

Ça doit être là, ce n’est pas possible autrement. Je vois au milieu de cette plaine, une étrange créature. Une petite tète brune, toute recouverte de bleu, ce qui fait ressortir ces petits yeux noisette. Son regard envoutant m’a immédiatement ensorcelé.

Ce que je voyais, je ne pouvais le croire. Cette petite fée, chantait et dansait, sans se soucier de ma présence. Elle riait, et moi je la suivais des yeux. Ses pas de danse étaient comme la montre de l’hypnotiseur. J’aurais aimé que vous voyez cela. Ses jambes étaient comme un aimant, dans ses mains elle tenait une multitude de pinceaux d’où sortait des gerbes de couleurs animées par une musique inaudible pour celui qui n’a pas le cœur aussi léger que sa robe virevoltante.

Je n’ai pas entendu tout de suite le refrain entêtant qu’elle chantonné. Mais elle prononçait ceci « … laisse sortir les couleurs de tes veines pour que le monde chante du même cœur que toi … ». Je l’ai observé ainsi durant de très longues minutes. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas réussi à bouger. Peut-être étais je tétanisé par une telle légèreté, une telle insouciance mais surtout une telle beauté. Je vivais cette scène comme les marins dans l’odyssée d’Ulysse, totalement envouté par cette voix cristalline qui me faisait tant de bien mais qui aller à coup sûr causée ma perte.

Nos regards se sont croisés, comme un appel à la suivre. Elle n’a pas eu besoin de parler, je l’ai suivi. Je crois que de toute façon je l’aurais suivi au bout du monde. Je me suis approché, elle s’est arrêtée. Nous nous sommes regardés. Ceci n’a duré qu’une fraction de seconde. J’ai su…

De ce côté elle a lâché ses pinceaux, m’a présenté ses mains. J’ai entendu cela comme un appel. J’ai tendu mes bras et j’ai saisi ces petites mains qui n’attentaient que cela. La douceur de sa peau, la chaleur de ses mains, m’ont électrisé. Je ne pouvais pas quitter ses yeux. Elle a fait un pas en avant, j’étais tétanisé. Instinctivement nos doigts se sont croisés, nos mains se sont collées. Nous avions toujours notre regard dans celui de l’autre. Elle a approché son visage du côté droit, ses lèvres à quelque millimètre de mon oreille et m’a dit : « Danse avec moi ».

On ne refuse pas à une déesse une demande comme celle-là. Moi gauche comme je suis, je ne savais pas faire. Elle l’a vue est me dit « Laisse toi faire ». Je n’étais pas bien, je ne contrôlais pas la situation, j’étais inquiet. Ce manque de contrôle me fait perdre l’ensemble de mes moyens. Je ne pourrais pas m’en sortir, le piège était certainement en train de se refermer sur moi. Je commençais à couler comme nos chers marins envoutés par cette sirène sortie dont ne sais où.

Je sentis la chaleur de son corps se rapprocher du mien, je sentais son souffle dans mon cou. Je frissonnais mais la peur me tenait. Une main dans mon dos me donna le signal de cette danse envoutante. Je ne sais pas danser, mes pas sont hésitants. Elle me regarde, je lis dans ses yeux une demande de lâché prise. Comment faire pour exaucer cette demande ? Comment m’abandonner ce regard noisette ? Elle posa sa tête sur mon épaule. Je sentais son souffle chaud à la base de ma nuque. Un simple « Ecoute ton cœur » à débloquer mes pas, mon corps ne m’appartenait plus, il était sien. Elle en faisait ce qu’elle voulait. Nous ne faisions plus qu’un sur une musique d’un érotisme indescriptible. Nous tournions, nous bougions sur un rythme qui ressemblé vaguement à un mélange de Tango Argentin et de musique sud-américaine.

Il n’y avait que nous, le monde autour n’existais pas, n’existais plus. Notre danse a duré de longues minutes, je ne ressentais ni la fatigue, ni la chaleur. J’aurais pu danser des heures et des heures avec cette fée. Je ne sais pas pourquoi un moment, elle m’a lâché, c’est séparé. Je suis resté quoi au milieu de cette plaine, rempli des millions de nuances de couleur que nous venions de déposer sur ces fleurs sauvages par notre danse. J’ai scruté l’horizon, nous venions de repeindre le monde. Notre communion venait de répandre le bonheur sur ce qui nous entourais. Je ne comprenais pas ce qui venais de se passer.

Elle s’est approchée, a saisi ma tête entre ses petits doigts a approché ses lèvres des miennes et à juste déposer un baiser du bout des lèvres. Ce baiser a eu l’effet d’une bombe. J’ai senti mon cœur exploser par un trop plein d’émotion, je pleurais. Elle sorti de sa poche, un morceau de tissu, elle entreprit d’essuyer les larmes qui coulaient sur mes joues. « Est-ce le monde ou est-ce moi, qui te fait pleurer ? » je ne pouvais pas répondre. J’aurais aimé lui dire que c’était elle qui me faisait pleurer, mais je me suis tue. Ma fée déposa ce tissu dans le creux de ma main, a refermé mes doigts. « Je sais ce qui te fait pleurer, mais je ne peux pas t’aider, mon cœur ici appartient au monde ». J’étais dévasté, encore une fois j’étais rejeté, je me retrouver de nouveau seul. J’étais persuadé que nous pouvions continuer à refaire le monde avec nos envies et nos espoirs. Je n’ai rien dit. Ma fée s’est retournée, m’a regardé comme si elle attendait une parole, un geste, un signe… je n’ai pas bougé. Je n’ai rien dit, je n’ai rien fait. Elle s’en est allé.

J’ai ouvert ma main et j’ai vu que le bout de tissu qu’elle avait déposé au creux de ma main n’était plus. A la place il y avait une Rose rouge avec une étiquette « Reviens moi vite, tes larmes peuvent faire pousser les fleurs et des ailes à mon cœur ». Je me suis élevé, j’ai repris ma route, je suis revenu au-dessus de ce corps sans vie. J’ai hésité mais j’ai repris place, je me suis réveillé.

Je compris à mon réveil, qu’il existe une connexion entre le corps et l’esprit, j’étais trempé de sueur, mes muscles de jambes me faisaient très mal. Comme si j’avais dansé…. Ce n’est pas possible… à côté de moi, une rose, avec la même étiquette….

Je l’ai saisi, je n’avais pas fait attention, elle n’avait pas d’épines, comme pour me montrai sa bienveillance. J’ai relu le mot accroché. Je l’ai retourné, je n’avais pas vue le verso « Je serais demain soir rue des oiseaux, je t’attendrais ».

Je ne sais pas si je vais y aller, il est 3h15 du matin. J’ai encore un peu de temps pour y réfléchir. Dois-je simplement garder ce souvenir magique de cette rencontre ou dois-je tenter d’aller la rejoindre et reprendre la ou nous nous sommes arrêtés ?

J’ai tellement envie de regoûter à ses lèvres, j’ai tellement envie de ressentir la douceur de ses mains, et la chaleur de sa peau que je pense que je vais me laisser tenter. Qui plus est un rendez-vous rue des oiseaux, n’est-ce pas un signe pour un voyage extraordinaire ?

Cap ?

Il est l’heure de dormir maintenant, je dois être en forme pour ma fée.

Bonne nuit et que vos rêves soient aussi doux et agréables que les miens !